Quelle baisse réelle de revenus pour cadres, dirigeants et indépendants ?

La retraite n’est pas seulement la fin d’une activité professionnelle.
C’est un basculement financier majeur.

L’édition 2023 du rapport « Les retraités et les retraites » publié par la DREES apporte des données précises sur l’évolution des pensions et du taux de remplacement. Ces chiffres permettent d’objectiver une réalité souvent sous-estimée : le départ à la retraite s’accompagne mécaniquement d’une baisse de revenus.

Pour les dirigeants et indépendants, cette baisse peut dépasser 50 % à 60 % du revenu d’activité.

Le taux de remplacement : environ 75 %
dans le meilleur des cas

Le taux de remplacement mesure le rapport entre la pension perçue et le dernier salaire d’activité. C’est l’indicateur central pour comprendre la rupture financière entre vie active et retraite. Selon la DREES :

  • Le taux de remplacement net médian s’élève à 74,7 
  • Pour la génération 1950 ayant effectué une carrière complète, le taux médian est d’environ 75 %, équivalent pour les femmes et les hommes.

 

Cela signifie qu’un actif ayant eu une carrière complète et continue à temps plein subit, en moyenne, une baisse immédiate d’environ 25 % de ses revenus.

Mais ce chiffre doit être interprété avec prudence.

Une baisse générationnelle documentée

Le rapport montre clairement une diminution du taux de remplacement entre les générations nées en 1938 et 1948.

Dans le secteur public, la baisse est particulièrement visible :

  • Pour les hommes nés en 1938 : 80,7 %
  • Pour ceux nés en 1950 : 73,4 %
  • Soit une diminution de plus de 7 points.

 

La DREES précise que le taux de remplacement continue de diminuer au fil des générations dans le secteur public, tandis qu’il se stabilise dans le secteur privé. Autrement dit, même sans nouvelle réforme, la dynamique générationnelle est orientée à la baisse.

Des moyennes qui ne reflètent pas toutes les situations

Un point méthodologique est fondamental.

Les taux de remplacement publiés concernent :

  • des retraités de droit direct,
  • ayant effectué une carrière complète,
  • en emploi salarié à temps plein après 49 ans,
  • affiliés principalement au régime général ou à la fonction publique.

Sont exclus :

  • les retraités relevant d’un régime d’indépendants,
  • les professions libérales,
  • les carrières incomplètes ou interrompues,
  • les fins de carrière non salariées.

 

Autrement dit, les situations les plus fragiles ou atypiques ne sont pas intégrées dans les 75 % médians.

Dirigeants et indépendants : des profils hors moyenne

Le rapport précise explicitement que les retraités dont le régime principal est un régime d’indépendant ne sont pas inclus dans l’analyse du taux de remplacement. Or, c’est précisément pour ces profils que la rupture financière est la plus marquée.

Pourquoi ?

Des revenus plafonnés pour le calcul des droits

Les régimes obligatoires limitent la part du revenu prise en compte pour le calcul de la pension.
Plus les revenus sont élevés, plus la proportion non couverte augmente.

Des trajectoires de revenus irrégulières

Création d’entreprise, périodes de faible rémunération, arbitrages entre dividendes et salaire : ces choix ont un impact direct sur les droits constitués.

Une couverture complémentaire hétérogène

Contrairement aux salariés cadres bénéficiant de régimes complémentaires structurés, les indépendants doivent organiser eux-mêmes leur protection.

Dans la pratique, il n’est pas rare qu’un dirigeant ou un indépendant subisse une baisse de 50 % à 60 % de ses revenus, voire davantage, lors du passage à la retraite.

Cette estimation est cohérente avec le fait que les 75 % médians ne concernent que des carrières salariées complètes et linéaires.

Une dépendance forte aux pensions

Le rapport met également en évidence que, pour les ménages retraités, les pensions représentent environ 80 % du revenu disponible.

Cette forte dépendance signifie que la pension constitue l’essentiel du flux financier à la retraite. La capacité à maintenir son niveau de vie dépend donc directement :

  • du taux de remplacement,
  • de l’existence ou non de revenus du patrimoine,
  • et de la durée effective de la retraite.

Un ralentissement de la progression générationnelle

La DREES observe que les pensions ont progressé de 21 % entre les générations 1930 et 1950, mais que cette tendance s’infléchit pour les générations nées à la fin des années 1940.

Autrement dit, l’amélioration continue du niveau des pensions d’une génération à l’autre n’est plus acquise.

Les gains observés par les générations précédentes ne garantissent pas ceux des générations suivantes.

un choc de revenus à anticiper,
une démarche proactive indispensable

Même dans le scénario médian favorable, pour rappel, un aux de remplacement de 75 %, soit une baisse immédiate : 25 %

Pour un revenu annuel de 120 000 €, cela représente : 30 000 € de perte annuelle.

Pour un dirigeant avec un taux réel de 50 % : 60 000 € de perte annuelle.

Sur 25 ans de retraite, cela représente un différentiel cumulé supérieur à 1 million d’euros. La retraite doit donc être pensée comme une transition de flux financiers, pas comme un simple âge légal.

Les chiffres du rapport DREES montrent :

  • une baisse de revenus autour de 25 % pour les carrières complètes salariées, et plus de 50% pour les entrepreneurs et dirigeants
  • une baisse générationnelle dans le secteur public,
  • l’exclusion des indépendants des taux médians,
  • une dépendance forte des retraités à leurs pensions.

 

Pour un cadre supérieur, un dirigeant ou un indépendant, la question n’est pas de savoir si la baisse aura lieu. La question est de combien sera-t-elle ?

Mesurer précisément son taux réel de remplacement, estimer l’écart futur de revenus et structurer des sources complémentaires constituent une démarche rationnelle. Anticiper n’est pas une option. C’est une stratégie de sécurisation du niveau de vie.